Mamou Moubarak Dribi
Communiqué important. Nous tenons a vous informer que le professeur Mamoun Moubarak Dribi auteur et chercheur en psychanalyse Travaille au sein d’un bureau d’études qui regroupe des psychologues et des enseignants, nos prestations de services concernent uniquement les enfants pour les besoins du coaching scolaire et intellectuel Ainsi que la réorientation des jeunes au niveaux des études ou de leurs carrières professionnelles. Nous ne sommes pas un cabinet médical et nous ne prenons pas en charge le soin des adultes et des personnes souffrantes de pathologies ou de troubles psychiques. Merci de votre compréhension.
                                                                  Mamoun Moubarak Dribi

Une analyse réussie

En psychanalyse la réussite et l'échec sont bien souvent au rendez vous, ceux et celles qui réussissent dans ce parcours ont pu dépasser le seul stade primaire analysant-analysé : pour celui d'amis et de compagnons. L'analyste est bien souvent lié à l'analysant par le transfert qui est en vérité de l'amour. Pour ma part, une analyse qui réussit et celle qui permet au travail d'analyse d'être transcendé dans la vraie vie, vers des réalisations communes, pour des échanges vrais et utiles à l'ensemble de la communauté, car bien souvent on est malade que de narcissisme.

J' invites donc, pour vous une amie et une excellente analysante, qui me soutient dans mon projet d'établissement scolaire pour les autistes et avec qui j'ai appris l'art d'écrire le roman.
Mamoun Moubarak Dribi

 

Roman à quatre mains

Témoignage d’une expérience
Article paru dans le Magazine Littéraire du Maroc n° 3-4

Rachida Madani

Ecrire un roman est un voyage de longue haleine, une aventure à risques qui se fait dans la solitude la plus complète, jusqu’aux confins de soi. L’Autre, dès qu’il pointe en filigrane, son nez de lecteur, devient pour moi, un intrus à bannir sans ménagement, un trouble-fête car c’est pour mon plaisir personnel que j’écris avant tout. Toute présence autre que celle de ma plume est indésirable au moment où je suis aux prises avec les mots. Tolérer le regard d’un lecteur sur mon œuvre en cours de gestation, c’est restreindre ma liberté, c’est accepter, l’inacceptable.

J’ai rêvé pourtant à travers mon premier roman L’Histoire peut attendre d’un lecteur particulier. Celui qu’on inviterait à endosser le rôle d’un personnage du récit, celui qui sans cesser d’être lecteur se transformerait en héros dans la fiction et prendrait en charge son destin dans le texte, Mais surtout celui qui contribuerait à l’élaboration de la narration, à la construction du sens à l’intérieur de l’œuvre. Un lecteur actif, devenu enfin partie prenante dans l’acte d’écrire, au même titre que l’auteur. C’était mon rêve. C’était… pure fiction.

Mais voilà, qu’aujourd’hui mon rêve se réalise! Comment ai-je découvert ce lecteur-auteur-personnage en chair et en os ? Comment a-t-il pu participer à l’écriture du roman, y apparaitre de surcroît comme personnage tout en y savourant le plaisir de la découverte, de la surprise et de la nouveauté auxquelles tout lecteur a droit? Comment est-ce arrivé ? Comment ai-je été entraînée dans cette incroyable aventure ?

Eh bien de la façon la plus inattendue : J’ai lu un récit écrit par Mamoun Moubarak Dribi, une quarantaine de pages, destinées à apparaître sur son blog. Un texte s’apparentant davantage à un synopsis détaillé qu’à une nouvelle ou à un roman proprement dit. Son écriture "cinématographique " invite à la création d’un film plutôt qu’à celle d’un livre. Mais j’ai tout de suite aimé cette fiction. J’ai eu envie de la rendre "lisible", de mettre en mots ce texte où la narration cède la place à une composition de séquences "visuelles". Je voulais y effectuer un travail de réappropriation par la description des lieux et des décors, un remodelage des personnages, une reconstruction de leurs pensées, de leurs monologues, de leurs interventions dans les dialogues et le déroulement du récit. Tout ce que l’auteur laissait au metteur en scène, moi je voulais le confier aux bons soins de ma plume et de la palette de mes mots. J’aimais cette histoire et de manière inexplicable j’avais le bonheur d’y être déjà, comme si elle m’appartenait ! Je savais très exactement ce que je voulais y mettre. Tout ce qui me manquait c’était l’accord de son auteur. Je l’ai eu sans conditions, sans réserves…sans méfiance. C’était inespéré !

 Ce fut ainsi qu’une expérience assez étonnante commença.

Écriture collaborative, co-écriture, écriture à deux, roman à quatre mains, les appellations ne manquent pas, mais les méthodes d’écritures doivent certainement différer selon les personnes mises en présence dans cet exercice. Très peu de recherches ont été effectuées dans ce domaine. Pourtant il y a eu les frères Goncourt, Collette et Willy, les sœurs Benoîte et Flora Groult et d’autres encore et j’ai pensé : pourquoi n’y aurait-il pas Mamoun et Rachida ?

D’un commun accord nous avons décidé de relever le défi. Je me lançai donc à corps et à plume perdus dans son texte. D’abord avec quelques réserves car je ne connaissais que peu mon co-auteur, ne l’ayant rencontré physiquement que peu de fois. Je ne savais si nous allions réussir ce roman à quatre mains ou si en cours de route…Je décidai de courir le risque de l’échec et de la déception.

Mais pour nous, de façon implicite, les choses étaient claires et bien définies dès le départ. Il ne s’agissait pour moi ni de jouer le rôle d’un nègre, ni d’être le porte parole de mon co-auteur. Pas question non plus de museler ma subjectivité, ni de sacrifier ma singularité d’écrivain. Il me fallait garder mon entière liberté de création, sans quoi tout travail en commun aurait été, à l’avance, voué à l’échec. Pour Mamoun, cela allait de soi.

Psychanalyste de métier, il avait le savoir-faire et le savoir-être avec l’Autre. Cela me rassurait et m’encourageait pour entreprendre un projet d’écriture qui demandait un travail de longue haleine et des échanges humains de qualité.

Mamoun me livrait donc des fondations, et me laissait me débrouiller pour ériger l’édifice. Libre à moi de repenser son récit, rajouter des personnages, recréer la narration, l’intensifier ou l’estomper à ma guise et lui donner la dimension littéraire adéquate. J’avais là, beaucoup plus de liberté de manœuvre qu’on ne pouvait le supposer de prime abord. De mon côté je m’imposais le devoir de respecter scrupuleusement la pensée de mon co-auteur, ses objectifs premiers, mais pas toujours ses phrases…Quoique j’en ai gardé au maximum, par souci de préserver des traces de l’écrit fondateur de notre roman.

L’exercice de l’écriture à deux est un apprentissage qui m’a considérablement enrichie. D’abord en me permettant d’expérimenter le genre littéraire du fantastique que je n’aurais pas spontanément approché. D’autre part ce roman chamboulait tous mes paramètres. Il nécessitait une narration chronologique, des personnages bien définis, cernés psychologiquement et socialement, avec des rôles à accomplir en corrélation avec les péripéties du récit. Une écriture "maîtrisée" dans sa linéarité, traditionnelle dans sa conception. Nous sommes loin de l’éclatement révolté et survolté de L’Histoire peut attendre, mon premier antiroman. Qu’en déduire ? Le jeu en valait-il la chandelle ? Oui absolument !

Écrire avec quelqu’un peut se faire de différentes manières. Si le texte est rédigé simultanément, il se développe au fur et à mesure, selon les ajouts des protagonistes jusqu’à arriver à sa fin. Je crois que cette procédure ne m’aurait pas arrangée personnellement. Moi, je partais d’un texte achevé par son auteur. J’en connaissais les tenants et aboutissants. J’avais la possibilité d’y travailler tranquillement sans devoir me poser constamment la question de savoir vers quoi allait brusquement bifurquer le texte. L’imprévu, c’était moi qui le créais. Les mauvaises surprises, celles qui vous obligent à pratiquer de grandes amputations dans vos textes et vos pensées et à rebrousser chemin étaient fort heureusement, pratiquement inexistantes. Il s’agissait plus exactement pour moi de " m’emparer" d’un récit que j’aimais, de m’en imprégner et d’y mêler mes émotions, pour en faire sourdre, presque intuitivement, tout l’esprit, tout le plaisir, toutes les promesses.

Pour cela, je devais désormais, tenir compte de l’omniprésence de mon co-auteur. Sa part de travail étant achevée et son texte écrit sans moi étant clos, il se transformait en lecteur de son propre récit revisité par ma plume. Il avait droit de regard sur les écrits que je lui soumettais régulièrement. Il pouvait s’il voulait critiquer, modifier, suggérer ou rejeter. Pour ma part je rajoutais, supprimais, tronquais, réinventais. Il s’instaurait là des rapports de confiance et d’égalité, ce qui n’était pas pour nous déplaire. Mais plus que tout j’avais enfin le lecteur dont je rêvais ! Non seulement je travaillais à partir de son texte, mais c’était pour lui que j’écrivais avant tout autre personne. C’était à lui que je devais rendre des comptes et non plus à l’habituel lecteur-fantôme, sans visage, sans droits…sans voix au chapitre (en voilà une expression bien choisie !) Là, au contraire, on était auteur et lecteur à tour de rôle. Un travail de longue haleine et une correspondance assidue nous reliaient tout au long du processus de création du roman. Ce double mouvement dans la co-écriture favorise avant tout l’échange, le partage, le respect du travail en commun, le sens de la différence, d’autant plus qu’il y avait là deux écritures qui se confrontaient. L’une masculine qui s’investissait dans le général, le solide, le concis, la trame indispensable au sens. Une écriture tout en économie, préoccupée de son message et de ses objectifs et l’autre féminine, la mienne, tout en ornements, en broderies, entièrement livrée à la recherche des subtilités du détail et des précisions, de la finesse des émotions, de la délicatesse des sentiments. C’est le foisonnement du fleuri, du poétique, du beau, de ce qui tend à ensorceler, à séduire.

En co-écriture, l’interaction nous apprend autant sur nous-mêmes que sur l’autre. Le roman à quatre mains est une entreprise exigeante que l’on expérimente à deux tout au long des différentes étapes de l’élaboration de l’œuvre. On doit restituer le texte que l’on nous a confié et que nos pensées, nos émotions, notre vision du monde et notre style ont réinterprété, pour qu’il soit validé par l’autre. Il s’agit de négocier constamment, de concéder parfois, de céder s’il y a lieu. Une confrontation permanente des goûts et des idées et un échange de commentaires sur le style, le savoir-faire, permettent d’aller en avant, de créer de nouveaux personnages, de nouvelles pistes, d’approfondir les plongées, de reconsidérer l’angle d’observation, de réajuster le tir, avant d’entreprendre résolument la dernière étape, celle de la correction de l’œuvre avant qu’elle ne soit livrée à l’éditeur.

L’écriture à deux peut s’avérer extrêmement frustrante ou absolument passionnante. Mon bonheur a consisté à aller avec mon écriture et mon intuition à la rencontre de la sensibilité de mon co-auteur, de son imagination. Plus que jamais j’ai dû me mettre à l’écoute pour saisir l’informulé, suppléer aux silences, aux oublis, deviner les réserves, les réticences, être attentive à ce qui se rétracte parce que ça frôle l’intime, le douloureux ou l’indicible, mais aussi pour savoir quel style mettre au service de l’œuvre, quelle poésie, quels mots vibrants pour susciter l’émotion, surprendre ou éblouir.

 

Même réitérée l’expérience ne peut être que passionnante car il suffirait de changer de sujet, de genre littéraire ou de co-auteur pour que surgissent de nouvelles perspectives, de nouveaux échanges, de nouvelles écritures. C’est un travail qui se base sur une entente à toute épreuve, une communion des esprits, une symbiose et qui offre de plus, la chance de recueillir les retours dans l’immédiat. C’est une dynamique qui transforme l’hostile en ami, le labeur en plaisir.

emps : celui de votre esprit.

Vous êtes ici : Home Blog Psychanalyse Une analyse réussie